J'ai mis les pieds pour la première fois en BIRMANIE en décembre 2007. Et,.. Mon coeur y est resté accroché. En quittant Yangon fin décembre de cette même année, je me suis promise de revenir dans les 5 ans. Je ne savais pas à ce moment que le destin tragique de ce pays allait me pousser à revenir plus tôt que prévu.
Avec mes amis, nous avions décidé de visiter ce pays et tout était programmé pour début novembre 2007. Et puis, il y a eu la révolte safran et son lot d'horreurs. Nous avons suivi les informations de façon très assidue mais c'est finalement notre agence de voyage qui a souhaité annuler notre séjour. Trop dangereux disaient'ils!! Nous, pas contents du tout; nous nous sommes battus pour y aller quand même; nous avions trop envie de rencontrer ce peuple que l'on décrivait partout comme accueillant et courageux. Nous avons eu raison de nous battre comme des diables, non seulement notre voyage, bien que postposé de quelques semaines, fut mémorable, mais nous avons aussi rencontré des gens merveilleux et une nouvelle famille pour certains d'entre nous. Bien entendu, nous sommes rentrés le coeur gros mais en poche les nr de téléphone et les adresses email de nos heureuses rencontres. Les mois passent, et quelques courriels s'échangent. Bon enfant !!
Le 8 mai 2008 au matin, on pouvait lire sur internet qu'un cyclone avait balayé la Birmanie faisant quelques victimes. Au fil des heures, les nouvelles étaient de plus en plus horribles. De quelques victimes, on passait à des centaines, à des milliers, à dizaines de milliers et finalement à près de 200.000 morts et disparus et plus de deux millions de sans abri.
Très vite, nous nous sommes mobilisés, nous ne pouvions pas rester passifs face à tant de malheurs. Avec les amis, nous avons lancé par email, une collecte de fonds. Oui, mais comment aider tous ces martyrs?? Les autorités locales interdissent l'entrée d'aide humanitaire ou la filtre et puis, faire parvenir de l'argent, à qui? Comment??
Finalement nous avons réussi à joindre notre contact à Yangon. Lui même et sa famille avaient souffert du cyclone mais rien en comparaison de ce qui se passait dans le delta de l'Irrawaddy. Comme nous ne sommes pas des professionnels de l'aide humanitaire, nous avons laissé faire les associations et personnes qui hélas, ont l'habitude de ce genre de situation. L'aide urgente de première nécessité arrivait dans le delta; mais elle parvenait difficilement et au compte goutte aux victimes. Nous avons laissé agir les aides sur place tout en continuant notre collecte de fonds. Après plusieurs semaines, notre contact sur place nous a envoyé des photos de villages dévastés et d'enfants livrés à eux mêmes. La situation était pire que ce que nous imaginions; nous avons donc décidé de mettre nos efforts en commun afin d'aider des villages à se reconstruire et surtout à veiller à l'avenir de l'humanité càd les enfants. Nous avons effectué un premier envoi de dollars et programmé un nouveau voyage en février/mars 2009.
Lors de ce deuxième voyage, nous avons inauguré l'école qui fut reconstruite et rencontré la centaine d'enfants qui a ainsi retrouvé un droit à l'instruction. L'école a été construite en matériaux durs et non en bois de manière à aussi servir d'abri sûr pour les villageois en cas d'intempérie grave. Comme nos fonds nous le permettaient, nous avons également offert une pirogue à moteur au village afin que les habitants puissent se déplacer rapidement que ce soit pour écouler leur récolte ou pour se rendre dans un dispensaire en cas d'urgence médicale. Nous avons reçu un accueil des plus chaleureux et l'émotion m'étreint encore en pensant à cette journée si heureuse pour tous.
Nous avons alors décidé de continuer notre action et, de retour en Belgique, nous avons créé une association et l'avons baptisée "MINGALABA". Cette association a pour but d'aider les enfants défavorisés des pays en voie de développement et surtout la Birmanie, notre pays de coeur.
En janvier 2010, nous sommes retournés pour la troisième fois en Birmanie et nous avons découvert d'autres villages dans le plus grand dénuement. Avec notre contact, nous avons décidé d'aider un de ces villages dans la construction d'une école et nous sommes actuellement en contact avec des ONG afin d'obtenir la construction d'un système d'évacuation des eaux usées et de récolte d'eau potable.
Lorsqu'en Belgique, nous avons approché certains de nos amis et connaissances afin de récolter des fonds nous nous sommes heurtés à des remarques terribles quant à notre aide inadmissible à une junte militaire. Si nécessaire, je me dois de répéter ici ce que nous leur avons dit : ce n'est pas le gouvernement en place que nous aidons, mais des hommes, des femmes, des enfants déjà horriblement pénalisés à cause de l'embargo économique dont le pays fait l'objet et si douloureusement atteints par le cyclone Nargis. La politique n'est pas notre centre d'intérêt même si nous reconnaissons que certains faits sont tout à fait inacceptables et contraires aux droit de chaque être humain.
A propos de l'embargo économique, je voudrais préciser qu'aucun embargo n'a jamais poussé un système politique à jeter les cartes. C'est encore et toujours la population civile et surtout les plus démunis qui font les frais de ces représailles internationales. En Birmanie, comme dans d'autres pays sous embargo, la population aisée a des comptes bancaires à l'étranger et connaît les moyens pour s'approvisionner en tout. Bien entendu, ces filières sont bien juteuses pour ceux qui servent d'intermédiaires. Mais qui manque de tout ? de médicaments, de nourriture variée et équilibrée, d'informations, de liberté, : le petit peuple. Il faut encore savoir que dans le cas de la Birmanie, les pays qui l'entourent profitent de cette situation. En se rendant indispensables, ils font main basse petit à petit sur le commerce et l'exploitation des richesses. Et c'est euphémisme de dire que la Chine, la Thaïlande ou l'Inde ne sont pas des modèles de démocratie et de justice sociale.
Laissons la Birmanie aux Birmans et n'essayons pas d'y exporter nos modèles de valeurs ou de démocratie ; ils y sont inapplicables. Laissons les se développer et se prendre en mains en fonction de leur héritage culturel, de leur histoire, de leurs us et coutumes et surtout de leurs croyances religieuses.
Mais, ne restons pas passifs pour autant. Reconnaissons que nous avons la chance de vivre dans un pays où tout abonde. Nous avons la liberté et les moyens de nous instruire, de nous nourrir, de nous soigner, de nous loger donc de vivre tout simplement.
Aujourd'hui, face à ceux qui n'ont pas notre chance, nous devons avoir une attitude digne de nos valeurs humaines et devons aider ces hommes, ces femmes et ces enfants du bout du monde à faire face à l'injustice sociale. Nous pouvons les aider à se reconstruire et à vivre dans des conditions décentes et humaines.
LIVYNS Rita